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Faut-il repenser le système ?

Cette question me suit depuis près de deux ans. En effet, je l’ai posée en introduction dans une cinquantaine de conférences et ateliers. Je précise que le choix que je leur propose est entre prioriser de relancer le système, et du même coup la croissance économique, ou encore prioriser de repenser le système, sans même essayer de relancer la croissance. J’insiste fortement à chaque fois sur les implications du choix .

La première fois, à Rouyn-Noranda lors du lancement du projet pilote de métamorphose socio-économique en Abitibi-Témiscamingue, je croyais qu’ils me répondraient qu’il faut relancer le système en premier et je me préparais à leur démontrer le contraire mais j’en fus pour mes frais. Quelle ne fut pas ma surprise de voir apparaître la distribution des réponses suivante :


Tomber des nues

J’avais l’impression de tomber des nues. Ainsi donc les gens savaient dans leur for intérieur que le système n’avait plus de bon sens. Quelle heureuse découverte ce fut.

Depuis, j’ai toujours des réponses semblables. Il y a un peu plus de un an, je l’ai posée en introduction à un atelier de prospective que je faisais avec un groupe d’une vingtaine de responsables de marketing de petites et moyennes entreprises de la région de Québec et ils ont répondu à 100% « Repenser le système ». Six mois plus tard, une douzaine de membres de la direction d’une importante entreprise d’équipement de transport du Québec, dont certains étaient des dirigeants de filiales américaines, m’ont fait la même réponses, à 100%.

Je dois avoir cumulé entre 500 et 1000 réponses jusqu’à présent. Leur cumul indique qu’entre 85 et 90% des gens qui ont participé aux ateliers pensent qu’il faut « Repenser le système ». Seulement deux fois, j’ai eu des pourcentages inférieurs à 80% et c’était dans les 70%.

Développer la soif du changement

Ce profil de réponse implique en effet que, pour beaucoup de gens, le futur a cessé d’être la suite du passé. Que nous vivons probablement le début d’un changement de paradigme. Car si nous cessons de nous fier au passé et d’essayer de le reproduire, nous entreprendrons alors de questionner le futur, de se demander lequel on veut, lequel on peut ? Dès lors, beaucoup de choix et de manières de faire, qui ont cours aujourd’hui, deviendront éminemment questionnables.

« Ce besoin reconnu de changement représente une énergie qui s’accumule »

Cette affirmation relève de la science des systèmes complexes et plus précisément de la théorie des structures dissipatives de M. Ilya Prigogine. Pour expliquer prenons une comparaison. Le Golfe du Mexique est un système complexe, un système qui s’autorégule. On sait que la température de l’eau du golf doit atteindre 27C° sur 60 mètres de profondeur pour que l’énergie disponible soit suffisamment importante pour déclencher les ouragans qui la refroidissent. C’est le mécanisme d’autorégulation du Golfe qui y supporte la vie.

Un principe semblable s’applique aux sociétés humaines qui sont aussi des systèmes complexes qui s’autorégulent. Lorsque l’augmentation de tension de changement chez les individus devient suffisamment forte et distribuée, le système atteint une condition nécessaire pour provoquer un point de bifurcation.

Cette bifurcation débute par un changement brutal et très global dans la manière de voir les choses. Il en résulte un changement d’attitude par rapport à ce que devrait être les manières de faire dans la société, qui lui-même va provoquer un changement dans les mécanismes de fonctionnement du système social. Ce dernier aura alors passé un point de bifurcation. La Tunisie est un exemple de point de bifurcation ; ils ont changé de manière de voir il y a un peu plus d’un an et ils travaillent maintenant à changer les manières de faire. C’est difficile mais il n’y a pas de retour en arrière possible. À terme, le pays retrouvera un autre point d’équilibre. Pour approfondir voir mon billet d'octobre 2011 (Point de bifurcation).

Nature des changements qui se confirment

Comme nous le démontrons dans nos ateliers de prospective et de simulation socio-économique, les points de bifurcations potentiels sont nombreux. Ainsi, ils pourraient provenir d’un changement s’attitude et de conviction par rapport à :

  • l’obligation de la croissance pour assurer le bien-être économique ;

  • l’intérêt de la mondialisation pour l’Occident ;

  • l’importance d’agir sur le réchauffement de la planète ;

  • l’acceptabilité sociale de la concentration de la richesse ;

  • l’acceptabilité économique de la spéculation ;

  • l’acceptabilité étique du mensonge ;

  • l’acceptabilité sociale de la cupidité ;

  • ou, plus près de nous, l’importance stratégique de l’éducation dans une société.

Mais ce qui permet d’anticiper un changement de paradigme, c’est bien le fait que le système est extrêmement sous pression et qu’il en résulte que tout changement d’attitude global par rapport à l’une de ces caractéristiques de la société actuelle provoquera nécessairement un changement par rapports aux autres caractéristiques, puisqu’elles sont toute reliées. Dans ce contexte, c’est l’ensemble de notre vision de ce qu’est et devrait être le monde qui est sur le point de se réorganiser, se recentrer.

On ne peut pas avoir de grandes certitudes sur les caractéristiques de la nouvelle vision du monde qui émergera, mais on peut assumer sans trop de crainte de se tromper que :

  • la perception généralisée d’abondance des ressources sera réajustée à la réalité de leur rareté

  • l’objectif de croissance économique sera remplacé par un objectif de consolidation, de protection des acquis

  • dans les critères de décision de la société durable, le prix cessera d’être un enjeu et sera remplacé par le coût

  • la recherche de mondialisation sera remplacée par la réintégration des économies et leur régionalisation, deux stratégies essentielles pour réussir leur consolidation et leur adaptation au contexte de rareté des ressources.

Implication pour le développement économique

Toute cette situation ne veut pas dire qu’il faut cesser de faire du développement économique en attendant que les choses se tassent. C’est l’ensemble de la société qui est en train de changer et le développement économique est un de ces mécanismes de changement et d’adaptation. Pour les gens qui font du développement économique, ces changements impliquent dorénavant d’intégrer, dans votre cadre d’analyse et de décision, une réflexion sur le comportement de l’organisation que vous voulez supporter dans une société où :

  • la recherche de croissance ne serait plus un objectif prioritaire,

  • la rareté des ressources et la fragilité de la biosphère seraient intégrées dans les processus d’évaluation

  • l’acceptation de ces réalités serait un vecteur primaire de reconnaissance sociale.

Ce qu’on peut affirmer avec certitude, c’est qu’il devient de plus en plus prioritaire d’identifier des modèle d’affaires qui peuvent prendre racine dans une société en croissance mais qui pourront aussi prospérer dans une société en consolidation.

C’est la porte d’entrée pour repenser le système !

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