Wind Turbines

Le pic pétrolier, où en sommes-nous ? (3 de 3)

L'envers du décor enfin exposé

Enfin, les analyses de fond arrivent, quoiqu'elles soient publiées plus d’un an après l'offensive de relation (ou de manipulation) publique. Je vous en propose deux qui font le tour de la question.

Drill, Baby Drill

Can Unconventional Fuels Usher in a New Era of Energy Abondance ?

Commandée par le Post Carbon Institute et réalisée par un expert hautement reconnu de l’industrie, l'étude sur les sources d'énergies fossiles non conventionnelles analyse le potentiel réel du Shale gaz, du Tight oil et des sables bitumineux. Les conclusions sont claires: les ressources non conventionnelles ne peuvent pas remplacer les pertes d’approvisionnement en ressources conventionnelles.


Les ressources non conventionnelles sont disponibles en grande quantité, mais elles sont très polluantes à exploiter, le potentiel de production des puits horizontaux est beaucoup moins élevé que celui des puits verticaux et leur durée de vie est aussi beaucoup plus courte.


La ruée vers ces ressources non conventionnelles ne fait que repousser de quelques années le problème de rareté. L’indépendance énergétique publicisée aux États-Unis n’est qu’un mirage construit de toute pièce par l’industrie des énergies fossiles.


Shale and Wall Street

Was the Decline of Natural Gas Price Orchestrated?

Cette étude analyse plutôt la question de la bulle financière, qui serait en développement dans l’industrie des énergies non conventionnelles. L’auteure, Deborah Rogers, est une super analyste. En tant que membre du comité consultatif, le U.S. Extractive Industries Transparency Initiative, elle est mandatée par le ministère de l’intérieur américain pour faire la lumière sur la situation. Voici ce qu'elle révèle:


L'industrie pétrolière, en collaboration avec l'industrie financière, a profité de l'absence d'information sur le rendement de la fracture hydraulique pour créer une bulle économique.


Elle explique qu'il y a deux économies:

  • le Field Economy qui traite de la réalité des coûts et des opérations sur le terrain

  • et le Street Economy qui traite de la perception que l'on veut créer auprès des investisseurs pour motiver leur intérêt d'investir.

Dans le dossier de la fracture hydraulique, malgré un Field Economy qui s'est révélé très rapidement désastreux, le Street Economy a, en collaboration avec les analystes de Wall Street, été manipulé pour créer une frénésie d'investissement comme ils avaient fait pour la crise des subprimes.


Les mêmes types de produits dérivés, tellement complexes qu'il faut les expliquer aux agences de notations qui ne les comprennent pas, ont été assemblés et promus pour masquer la réalité des risques et répondre à la forte demande en investissement qui a résulté de la frénésie provoquée.


Bref, elle explique que l'ensemble du dossier est une arnaque légale, créée par les financiers pour faire apparaître un très lucratif marché de fusion-acquisition de plus de 150 milliards de dollars en 4 ans.


En finale, pour Deborah Rogers, les Américains seront perdants sur toute la ligne. L’énergie à bas coût aura été exportée et ils se retrouveront avec le même problème de rareté dans très peu d’années. En prime, leurs nappes phréatiques seront polluées et ils auront des tonnes de déchets à traiter.


Au Québec: maintenir le cap de l'adaptation

Dans une perspective québécoise de développement économique, il est préférable de maintenir le cap sur la nécessité de se préparer à un contexte de rareté énergétique. Il faut favoriser l'adaptation des infrastructures énergétiques aux contraintes des énergies alternatives. Au moins dix ans seront nécessaires pour s'adapter à un contexte de rareté en pétrole. L'urgence de débuter cette adaptation est toujours aussi grande. Malgré le discours d'abondance omniprésent, plusieurs agences du gouvernement américain, dont l'armée, sont en pleine action pour développer des énergies alternatives.


Lorsque la ruée vers les énergies non conventionnelles cessera, les Américains pourraient bien être prêts à prendre la relève. Le serons-nous ?

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